La revue du haïku
N° 13 – Mars2010
Association pour la promotion du haïku
www.100pour100haiku.fr
Ploc¡ La revue du haïku au format papier
Si vous voulez une version ave la mise en page, vous pouvez choisir entre :
• imprimer la revue à partir de la version pdf gratuite disponible sur notre site :
http://www.100pour100haiku.fr/revue_ploc/Ploc_revue_haiku_numero_13.pdf
• acquérir une version imprimée au format A5, reliée en dos carré-collé
disponible (la semaine prochaine) sur le site :
www.thebookedition.com
SOMMAIRE
Photo-haïku, Geert Verbeke 4, 13, 21 ,28
Avant-propos, Sam Yada Cannarozzi 5
Haïkus & senryûs I 6
Haïbuns
- Coup de cœur su un fonnkèr, S. Cannarozzi 15
- Le cornet de marrons, Claire Gardien 16
- Diu vi Salvi Regina, Simon Martin 18
- De Florii, Maria Tirenescu 20
Haïkus & proses, Marc Bonetto 22
Hommage à Masaoka Shiki, S. Cannarozzi 27
Haïkus & senryûs II 29
Jardin Zen tu Temple Ryoan à Kyoto, A. Marincic 34
Hommage à James Kirkup, S. Cannarozzi 36
Ploc¡ la revue du haïku
Numéro réalisé par SamY ada CANNAROZZI
Avant propos
Haiku - de Fonnkèr !
Paul Eluard appelait certains poèmes des ‘petits justes’ et Jean Antonini des ‘petits riens’.
J'ai été récemment invité sur l'Île de la Réunon dans l'Océan Indien pour un festival de conteurs. A un moment, en parlant avec un Réunionnais, j'ai demandé comment on disait 'poésie' en créole. Réponse: 'Fonnkèr' littéralement 'fond de cœur' !
§§§§§§
Bien que ce poème réunionnais qui suit ne porte pas le nom de haïku, le cœur y est. Et il commence ce 13e numéro de ploc!
sové filao
soukouy dann karo
son transpir - larm dolo
la chevelure du filao
secoue sur les arbres
sa sueur - larme d’eau
- Gilbert Pounia Somin Granbwa
(Ed. Grand Océan, St. Denis, Réunion, 1997)
§§§§§§§
Note:
Pour mon premier ploc! cette année, l’ordre des haïkus était organisé par pays; pour le deuxième: haïjins féminins et haïjins masculins. Pour ce présent numéro, sauf pour la première poétesse, l’ordre des haïkus est l’ordre dans lequel je les ai reçu.
Haïkus & Senryus
Bonjour,
Je ne sais pas si je vous l'ai dit amis je suis réunionnaise et je vis à la Réunion. Alors votre idée de fonnkêr me plaît beaucoup. Comme j'écris aussi des haïkus en kréol je vous envoie une petite suite bilingue sur les oiseaux. Personnellement je préfère la version créole.
Bien cordialement.
Monique MERABET
Sïl fil téléfone
zoizo la i ékoute anou
- pangar i répète
(Fil du téléphone -
chant posé en suspension
l’oiseau écoute)
Sï lo pié goyav
kate bèl mèrl Maurice vorass
- shate i rèss anta
(Sur le goyavier
quatre bulbuls font ripaille
- un gros chat gris bâille)
Inn ti zoizo blan -
lo bèk noir i plonj, i arplonj
fonnkër flër papay
(Oiseau du papayer -
le bec noir plonge et replonge
au cœur des fleurs)
Pami ! Pami !
lo rir ti baba i vol
sanm in shan tuit-tuit
(La belle menotte
avec le rire s’envole
- un chant de tuit-tuit)
Véronique DUTREIX
Elles courent
par dessus nos rêves
les souris au plafond.
Brumes montantes
les chênes rouges
deviennent pagodes.
Nos sourires noirs
châtaignes
un peu trop grillées.
Keith SIMMONDS
airs d'Auld Lang Syne
du fond du cœur humain
au-dessus du froid
sanglots infinis
de nos frères haïtiens
du fond de notre cœur
le carnaval...
son, couleur et mouvement
au fond du cœur
(Keith était le premier lauréat
du Concours Haïku du Sénégal, 2009)
Jean ANTONINI
Je creuse des trous
dans la neige de mon coeur
des poèmes très courts
(déjà paru dans Mon poème favori, Aléas, 2007)
La brume se lève
Soudain je songe en marchant
à mes premiers pas
Annick DANDEVILLE
Par delà les murs,
l’espoir fou du prisonnier
va mordre le ciel.
Le soleil se lève.
Les lampadaires oranges
deviennent lampions.
Liette JANELLE DE BOUCHERVILLE (Québec)
Sculpture de glace
sous la pluie
le coeur s'amincit
Vapeur d'érable
dans le sous-bois
parfume le printemps
Brigitte PELLAT
La cloche sonne –
dedans, des pleurs et des fleurs
dehors, c’est l’été
Bleu de solitude
sur la vitre du guichet –
doudou en instance
Patrick FETU
Dorées mais meurtries
Hirondelles sur le départ
Feuilles sur le pavé.
Je ne savais pas
Que c'était ses derniers pas -
Entrée en clinique.
Patrick SOMPROU
Un vent glacial
Frissons de la tête aux pieds
Je suis bien vivant !
Comme ils résonnent
Les coups de feu du chasseur
Dans la forêt muette
L’été s’installe
Poussiéreuse La valise
Reprendre le chemin
Claire GARDIEN
dans la chaleur de
leurs mains unies
… la même appétence de vie
la bougie vacille dans
la brise – deux cœurs battent
la même chamade
Letitzia Lucia IUBU (Roumanie)
L’abricotier fleuri
bourdonnement d’abeilles -
au loin les vêpres
Les pruniers fleuris
et le trille d’allouette-
le verger de grand-mère
Rachel VINCENT
Ondée
Terre abreuvée
Bourgeons ébouriffés
Le rose du ciel
Café-crème
Matin doré
Assise
Un instant
Au bord du matin
NOTE: Un Errata
Dans mon dernier ploc!/10, il y avait une erreur d’impression du haïku de Grazielle DUPUY -
apparu comme
plic ploc plic ploc plic
une petite cantate
plic ploc plic ploc plic ploc ploc
Cela a dû être -
plic ploc plic ploc plic
une petite cantate
plic ploc plic ploc ploc
Avec toutes mes excuses ....
§§§
HAÏBUNS
Coup de Cœur sur un Fonnkèr ....
En composant ce ploc!, j’ai relu un haïbun d’Olivier Walter apparu dans le ploc! précédent et qui m’a touché comme un véritable fonnkèr !
(Des passages du haïbun apparaissent en italique.)
Olivier avait écrit sur un voyage à Rhodes, Grèce. Il commence par le passage en mer -
Aiguilles de feu
en surabondance d’elles-mêmes,
les vagues les vagues
Quand la lumière et la mer se confondent au point de n’être plus qu’une unité d’espace vibratoire ....
Puis accoste l’Île -
Dans la brume de chaleur, notre embarcation vue de terre arbore sûrement pavillon de corsaire ....
Pour ensuite évoquer en quelques vers puissants, les images du lieu -
Dans l’air pur
soleil et insectes travaillent
sans relâche
Pour moi un véritable régal de par sa sensibilité et sa profondeur.
__________
HAIBUN
Le cornet de marrons
Dans sa main serrée, les « six sous » de son Grand-père. Depuis deux mois déjà, le même mot résonnait dans tous les coins de la ville ; la foire de la Sainte-Catherine allait, une fois de plus, battre son Sainte-Catherine
la même bougie brûle à l’unisson
Dans leurs godasses éculées, Éva et ses deux jeunes frères fauchait la neige épaisse et collante. Si cette neige symbolisait la venue des réjouissances populaires, elle était aussi un cruel souvenir pour la fillette de onze ans. Deux ans déjà…
hiver 1917
trois jours durant
… sa mère dans le trou de terre
Des pommes de terre, il ne restait rien. Le jardin SNCF, réquisitionné par les occupants, appâtait la famille maintenant au seuil de la famine. Oser, il fallait oser y aller…
braver les interdits
au risque
d’y perdre la vie
Sa mère avait pris la décision d’affronter le pire. Le tout petit frère n’avait que trois mois ;
Son lait maternel tari. Ses pommes de terre rassemblées, la mère entendit la semonce tomber,
« trois jours debout
dans le cachot de terre
suintant de neige »
la toux, la fièvre, les cheveux épars sur l’oreiller. Puis, le drap jusqu’au bois du lit.
Six sous pour s’amuser à la fête. Et, le cœur si gros… si lourd d’un chagrin qu’Éva seule, semblait ressentir. Les six pièces tintaient dans sa main, six sous et leur pesant d’or, la gaîté qu’elle et sa mère avait toujours partagée. Une même gourmandise, aussi…
les dimanches d’hiver
le gâteau de pommes de terre
et de marrons…
un rêve soudain, retrouver l’ambiance des jours de fête. Cette année-là, elle décida qu’un seul
tour de manège suffirait à ses frères.
un sou de manège
pour trois sous de miettes
… et deux sous de marrons
après le tour de chevaux de bois, elle entraîna ses frères vers la baraque à miettes. Les petits bouts de craquelin engloutis, les visages encore roses d’envie suppliaient leur sœur aînée. Deux sous, encore deux sous, s’écria-t-elle, réjouie.
et là, dans la douce fumée des braises écarlates, les marrons chauds s’engouffrèrent jusque dans le fond du cornet,
béats d’émotion
le bonheur à vif
d’une chaleur retrouvée
sa main autour du cornet brûlait. Quand elle toucha le dernier marron au fond du cylindre de papier, tout s’embrasa autour d’elle. Le regard fixe, elle crut percevoir un cœur, ce même cœur qu’elle avait cru froid à jamais.
- Claire GARDIEN
_______
HAIBUN
Dìu vi salvi Regina
Lente traversée...
me ramène où je suis né.
- La nuit sur le pont.
Le ferry accoste très tôt. Le ciel est déjà bleu, comme ses yeux refermés.
Quelques fleurs des champs
qu’elle n’a pas pu cueillir
entre ses doigts raides.
C’est la première fois que mes enfants voient « un mort en vrai ».
L’air de la chapelle
lourd du parfum des couronnes.
- Dernier baiser.
Dans les voitures… pas un mot.
Mais dans le sillage
du cortège funéraire,
un matin léger.
Voici l’église où j’étais enfant de chœur. Rien n’a changé.
« Livre des Prophètes » :
la lecture des petits
fait pleurer les vieux.
Sur le parvis, tous les gens du village : « C’est bien triste de se revoir dans ces circonstances... mais ça fait plaisir, tout de même ! » « Aiò ! Comme les enfants ont grandi…Dieu bénisse ! »
De condoléances…
en accolades joyeuses,
au soleil de mars.
Ah le cimetière ! Si près de la mer qu’il semble y plonger.
Caveaux de familles
pour hirondelles de mer.
- Une place encore ?
« Au moins, elle aura cette vue… » plaisante un cousin.
Les croix se balancent
au rythme du bruit des vagues
et des mimosas.
- Simon MARTIN
Miomo (Cap Corse) le 2 mars 2010
_________
HAIBUN
De Florii
(Traditions de Pâques)
En Ardeal, la tradition veut que l'on aille au cimetière à chaque fête. Un dimanche avant Pâques (s’appelle dimanche de Florii - de Fleurs), nous portons des cierges et des petites branches de saule.
Quand nous arrivons à Dancu Mic, le village de nos grands-parents, le cimetière est vide.
Après le service divin –
deux poussins picorent
des miettes
À Moia, chante le coucou. Dans un arbre près de nous, une branche cassée vibre.
Au point du jour –
le docteur des arbres
est en mission
Nous allons vers les tombes des grands-parents. Dans l’herbe, des primevères et des violettes.
Moment de mystère –
à travers des croix délabrées
de nombreuses violettes
Nous allumons les cierges, nous mettons les rameaux de saule sur les tombes et nous partons contents.
Maria TIRENESCU
(Roumanie)
_________
haïkus et proses
Peut-on appeler ce qui suit des haïbuns ? Je ne crois pas. C'est plutôt une sorte de mariage (morganatique ?) entre haïkus et proses qui se veulent poétiques sans être sûres de l'être. En tout cas, un mariage auquel j'attache de l'importance, avec un doute quant à leur harmonie.
- Marc BONETTO.
Note: "Jean-Christophe François" est un hommage à l'un de mes amis.
_____________________
J’ai vu, comme je te vois, les montagnes s’ébrouer sous le ciel éventré. Elles allaient main dans la main. Les montagnes n’ont pas de mains ! Peut-être, mais elles dansèrent une farandole du tonnerre de Dieu et, malgré leur foi, refusèrent de se jeter à l’eau. Pas si folles ! Heureuses de leur corps souple et léger, elles en jouirent jusqu’à l’aube avant de regagner sagement leur place.
Montagnes à perte de vue
Et le ciel
Le grand ciel bleu
_____________________
Au détour du sentier
Un ravin s’impose
Éboulis et chardons bleus
Les chemins de confiance se perdent dans la nature. L’herbe, les bois, les ravins pierreux leur restituent une raison d’être, ouverts, fidèles aux pas qui les oublient.
_____________________
Albatros dans la tempête
À chaque vague
L’océan décoche ton cri
La seule pensée qui peut survivre dans un monde où la folie gouverne en maîtresse absolue est la pensée du solitaire aux aguets.
_____________________
L’alouette
Elle ne fait que passer
Elle est passée
L’autre nom de l’oiseau, c’est le vol, le vol galbé d’indépendance et d’une liberté toujours nouvelle.
_____________________
Vague après vague
L’usure s’installe
Dans les replis du temps
Je ne m’appartiens plus, j’appartiens aux vagues innommées, au vent qui s’attarde entre deux orages, aux ventres porteurs de souffles en suspens. Corps zénithal, je suis ailleurs, toujours ailleurs, y compris en moi-même.
_____________________
Luciole
Souvenir solaire
Qui palpite dans l’ombre
Dans de notre solitude, un noyau de rencontre palpite : Le cœur de cette flamme le prouve à chaque instant. Mais pourquoi rester aveugles à l’évidence et fuir cette lueur qui blesse le regard de la nuit fraternelle
_____________________
Hautes branches du peuplier
Le chant d’un bouvreuil
Égrène le temps
Devenir feu dans les feuilles, feuilles dans le vent, vent sur les steppes incendiées et chavirer dans le silence qui me dévore la bouche et puis le ventre.
_____________________
D’abord, un battement de paupières sur le gris ciel de ses yeux. Le vent tisonnait ses désirs de fuites. Elle ouvrit les bras, écarta les jambes comme pour l’amour ou l’enfantement et prit son envol. Elle partit vers l’Ouest, hésita dans le crépuscule et plongea derrière l’horizon.
Hier, le chant d’un loriot me rappela ses escales à mes côtés. Étrangère à nos égarements et grosse de ma future liberté, elle suivait déjà ces routes invisibles à nos divagations stériles.
Se découvrir
Passion qui tourbillonne
Affranchie de son axe
_____________________
Nuage
Qui étire le ciel
Et se perd dans la nuit
Déchet bourbeux, j’appartiens à la valse cosmique. Les pas d’une flûte, éparpillés sur des chemins de montagne, éclairent la marche des vagabonds stellaires.
_____________________
Tes mains
Pétrissent le silence
La nuit accouche ses étoiles
La page s’éclaire dans le silence, contemplation, saut dans le vide, sérénité, marche sur une route blanche de vent, limpide comme l’appel du large.
_____________________
Deux voix amies
Murmure
Dans la brume
Ce que nous étions l’un pour l’autre ? De vagues confidences chuchotées à la lumière du soir.
_____________________
Éden planta des rosiers toute sa vie, sans se poser de questions, sans respirer le parfum des fleurs. Jurant parfois contre les pucerons ou le gel, il n’en continuait pas moins de planter.
Un oiseau chante
Le monde sans espoir
Mais il chante
_____________________
Parfois, les morts nous effleurent d’un souffle. Ils veillent, ils soulagent notre future dépouille. Et si nous les oublions, ils s’éclipsent poliment et nous n’expliquons pas cette tristesse qui nous empoigne en nous laissant comme orphelins.
Jean-Christophe François
Je pense à toi
Dont chaque mot
Écrasait le souffle
_____________________
Hommage à Masaoka Shiki
Je ne déteste pas le monde
Et j’aime
Les chardons bleus
Note : voici le poème original de Shiki :
Qui déteste ce monde
se doit d’aimer
les fleurs de chardon
(Traduction de Corinne Atlan et Zéno Bianu, in Haiku – Anthologie du poème court japonais, NRF, Poésie/Gallimard.)
§§§
haïkus & senryus II
Roland HALBERT
Tortillant ses tresses,
la vigne s’enroule autour
de la soif des hommes.
Je jette à la jaille
les mots trop grands, mais je garde
kokoro « le cœur »
Martine HAUTOT
Dans le matin clair
les fleurs rouges du camélia
et mon coeur qui bat
Grosse averse
les petites en joie
sous leur parapluie neuf
chemin des tramways
des vélos et des ballons
l'aveugle et son chien
Nicole GREMION
Un parfum de lune
cette nuit – l'amandier seul
habillé de neige.
Grince le vieil orme.
Ses feuilles plus haut que lui
s’exaltent de vent.
Marie NEPOTE
Les anges de pierre
ne chantent que pour les hommes
tombés à genoux.
Hélène DUC
l’enfant se meurt
-le bruit du train du soir
ruisselle sur le mur
(à ma soeur)
Pierre SAUSSUS
cette année encor
en douceur du blanc au vert
changement d’habit
au petit matin
l’éclatement des bourgeons
blancs m’a réveillé
cerisier en fleurs
quand tombent ses pétales
silence tout blanc
Annie ALBESPY
J'ai regardé le soleil
et lui ne m'a pas vu.
Temps nuageux.
On a partagé:
Pour les oiseaux , les cerises
et moi, les noyaux.
JF MOREL
Soleil d'automne
Une gorgée de ta bière
Instant sucré volé
Ani BOQUILLON (Sagiterra)
Odeur d'humus frais
la Terre se réveille enfin
je me sens chat...
Etre une femme ~
délit de complicité
avec mère Nature
Un petit nuage
dans le carré de ciel bleu
vu de ma fenêtre
(tanka)
Fenêtre ouverte
deux univers côte à côte
dedans, dehors ~
le chat dans les hautes herbes
surveille un papillon bleu
Maria TIRENESCU
Photo de ma mère –
le cerisier près de porte
tout aussi blanc
Le crocus fleuri –
la mère regarde avec tendresse
le visage d’enfant
Maryse CHADAY
parfois dans la rue
je le vois,
une ombre sur d'autres visages
...rassurant
de sentir au bout de ses doigts
les pulsions d'un coeur
§§§§
Sur le thème du jardin Zen tu Temple Ryoan à Kyoto (extraits):
Alexis MARINCIC
Se perdre en soi même,
Sans fin ni commencement,
Suspendre le temps.
Sable et pierres,
L’esprit en fait un dessein,
Pour chacun sa voix.
Vide, monotone,
Etendue sans images,
Tout est possible.
photo de l’auteur
§§§
Un Hommage à
James Kirkup (1918-2009), Andorrien et Zeitgeist du Monde
La première fois que j’ai entendu parler de M. Kirkup, était en effet l’unique fois que je l’avais rencontré en chair et en os. C’était dans la maison (transformée en musée) du poète anglais John Keats à Londres, lors d’une l’assemblée annuelle de la Société Britanique du Haïku (the British Haiku Society). Et sans aucun doute, il m’avait laissé avec une impression forte.
Depuis cette rencontre, je l’ai souvent lu avec plaisir, et apprécié sa propre poésie; ses écrits nombreux; ou encore ses étonnantes “ré-compositions” des poèmes, et en particulier l’oeuvre des poètes français tel Paul Verlaine, dans la forme du haïku classique en 5, 7 et 5 vers! Et c’est ici que l’on peut se rendre compte de l’immense sensibilité ainsi qu’une rigueur sans faille de ce poète qui a élu l’Andorre comme son foyer.
....
Je peux facilement imaginer James Kirkup dans ce minuscule pays, dans un sens un pays vraiment haïkuesque, comparé à la Chine par exemple ou même le Japon, en train d’accorder son esprit ainsi que son écriture encore plus finement en trois petites lignes. Et je suis certain que l’on se souviendra de lui pendant longtemps.
Car, comme a dit le romancier Jules Romain, “Quelqu’un ne meurt véritablement, que quand la dernière personne qui l’ait connu, meurt à son tour.” Ainsi, on peut espérer, que M. Kirkup restera solidement ancré dans notre mémoire collective bien des années à venir.
Sam Cannarozzi YADA
Parcieux, France
novembre/ 2009
(Cet hommage apparaîtra au printemps, dans sa version anglaise, dans la publication japonaise du haïku KO. M. Kirkup a été, depuis sa conception, un des éditeurs et a souvent contribué haïkus, articles et critiques.)
Mot de la Fin:
Que dire après tant d’émotion, après tant de plongées au fond du cœur de chacun et chacune, à sonder sa poésie, sa façon d’apercevoir le monde, et sa manière de communiquer ceci aux autres.
Alors je laisse maintenant, le temps recouvrir ces fonds et ces cœurs, quitte à dénicher peut-être un autre jour un haïku, un senryu ou un haïbun pour le plaisir de revivre un moment vrai au milieu d’un monde qui semble, parfois, vouloir cacher ou éffacer les choses les plus importantes.
§§§§§
Ploc¡ la revue du haïku
Ce numéro a été conçu et réalisé par
SamYada Cannarozzi
© 2010, l'Association pour la promotion du haïku & les auteurs
Les auteurs sont seuls responsables de leurs textes.
Photo de couverture © Okea - Fotolia.com
Diffusion à 1000 exemplaires.
Tirage papier : Conceptlaser à Essey les Nancy ou Thebookedition.com à Lille
ISSN 2100-1871
Dépôt légal : Mars 2010
Prix : 8,00 € pour la version papier
Version web gratuite
Directeur de publication : Dominique Chipot

