Sam Cannarozzi

conteur - storyteller

haiku de sam cannarozzi, mis en calligraphie par Francis TUGAYE

La revue du haïku

 

N° 13 – Mars2010

Association pour la promotion du haïku

 

www.100pour100haiku.fr

 

 

Ploc¡ La revue du haïku au format papier

Si vous voulez une version ave la mise en page, vous pouvez choisir entre :

 

• imprimer la  revue à partir de la version pdf gratuite disponible sur notre site :

http://www.100pour100haiku.fr/revue_ploc/Ploc_revue_haiku_numero_13.pdf

 

 

• acquérir une version imprimée au format A5, reliée en dos carré-collé

disponible (la semaine prochaine) sur le site :

www.thebookedition.com

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SOMMAIRE

 

 

 

 

Photo-haïku, Geert Verbeke                              4, 13, 21 ,28

 

Avant-propos, Sam Yada Cannarozzi                                  5

 

Haïkus & senryûs I                                                          6

 

Haïbuns

- Coup de cœur su un fonnkèr, S. Cannarozzi                   15

- Le cornet de marrons, Claire Gardien                             16

- Diu vi Salvi Regina, Simon Martin                                  18

- De Florii, Maria Tirenescu                                             20

 

Haïkus & proses, Marc Bonetto                                        22

 

Hommage à Masaoka Shiki, S. Cannarozzi                        27

 

Haïkus & senryûs II                                                       29

 

Jardin Zen tu Temple Ryoan à Kyoto, A. Marincic              34

 

Hommage à James Kirkup, S. Cannarozzi                         36

                         

 

Ploc¡ la revue du haïku

Numéro réalisé par SamY ada CANNAROZZI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avant propos

 

 Haiku - de Fonnkèr !

 

Paul Eluard appelait certains poèmes des ‘petits justes’ et Jean Antonini  des ‘petits riens’.

J'ai été récemment invité sur l'Île de la Réunon dans l'Océan Indien pour un festival de conteurs. A un moment, en parlant avec un Réunionnais, j'ai demandé comment on disait 'poésie' en créole. Réponse: 'Fonnkèr' littéralement 'fond de cœur' !

§§§§§§

 

Bien que ce poème réunionnais qui suit ne porte pas le nom de haïku, le cœur y est. Et il commence ce 13e numéro de ploc!

 

sové filao

soukouy dann karo

son transpir - larm dolo

 

la chevelure du filao

secoue sur les arbres

sa sueur - larme d’eau

 

- Gilbert Pounia  Somin Granbwa

(Ed. Grand Océan, St. Denis, Réunion, 1997)

 

 

§§§§§§§

 

 

 

Note:

Pour mon premier ploc! cette année, l’ordre des haïkus était organisé par pays; pour le deuxième: haïjins féminins et haïjins masculins. Pour ce présent numéro, sauf pour la première poétesse, l’ordre des haïkus est l’ordre dans lequel je les ai reçu.

 

 

 

 

 

 

Haïkus & Senryus

 

Bonjour,

 

Je ne sais pas si je vous l'ai dit amis je suis réunionnaise et je vis à la Réunion. Alors votre idée de fonnkêr me plaît beaucoup. Comme j'écris aussi des haïkus en kréol je vous envoie une petite suite bilingue sur les oiseaux. Personnellement je préfère la version créole.

 

Bien cordialement.

 

Monique MERABET 

 

 

Sïl fil téléfone

zoizo la i ékoute anou

- pangar i répète

 

(Fil du téléphone -

chant posé en suspension

l’oiseau écoute)

 

 

 

Sï lo pié goyav

kate bèl mèrl Maurice vorass

- shate i rèss anta

 

(Sur le goyavier

quatre bulbuls font ripaille

- un gros chat gris bâille)

 

 

 

Inn ti zoizo blan -

lo bèk noir i plonj, i arplonj

fonnkër flër papay

 

(Oiseau du papayer -

le bec noir plonge et replonge

au cœur des fleurs)

 

 

 

Pami ! Pami !

lo rir ti baba i vol

sanm in shan tuit-tuit

 

(La belle menotte

avec le rire s’envole

- un chant de tuit-tuit)

 

 

 

 

 

Véronique DUTREIX

 

 

Elles courent

par dessus nos rêves

les souris au plafond.

 

 

Brumes montantes

les chênes rouges

deviennent pagodes.

 

 

Nos sourires noirs

châtaignes

un peu trop grillées.

 

 

 

Keith SIMMONDS

 

 

airs d'Auld Lang Syne

du fond du cœur humain

au-dessus du froid

 

 

sanglots infinis

de nos frères haïtiens

du fond de notre cœur

 

 

le carnaval...

son, couleur et mouvement

au fond du cœur

 

(Keith était le premier lauréat

du Concours Haïku du Sénégal, 2009)

 

 

 

 

Jean ANTONINI

 

 

Je creuse des trous

dans la neige de mon coeur

des poèmes très courts

 

(déjà paru dans Mon poème favori, Aléas, 2007)

 

 

La brume se lève

Soudain je songe en marchant

à mes premiers pas

 

 

 

 

Annick DANDEVILLE 

 

 

Par delà les murs,

l’espoir fou du prisonnier

va mordre le ciel.

 

 

Le soleil se lève.

Les lampadaires oranges

deviennent lampions.

 

 

 

 

 

Liette JANELLE DE BOUCHERVILLE (Québec)

 

 

Sculpture de glace

sous la pluie

le coeur s'amincit

 

 

Vapeur d'érable

dans le sous-bois

parfume le printemps

 

 

 

 

Brigitte PELLAT

 

 

La cloche sonne –

dedans, des pleurs et des fleurs

dehors, c’est l’été

 

 

Bleu de solitude

sur la vitre du guichet –

doudou en instance

 

 

 

 

 

Patrick FETU

 

 

Dorées mais meurtries

Hirondelles sur le départ

Feuilles sur le pavé.

 

 

Je ne savais pas

Que c'était ses derniers pas -

Entrée en clinique.

 

 

 

 

 

 

Patrick SOMPROU

 

 

Un vent glacial

Frissons de la tête aux pieds

Je suis bien vivant !

 

 

Comme ils résonnent

Les coups de feu du chasseur

Dans la forêt muette

 

 

 

L’été s’installe

Poussiéreuse La valise

Reprendre le chemin

 

 

 

 

Claire GARDIEN

 

 

dans la chaleur de

leurs mains unies

… la même appétence de vie

 

 

la bougie vacille dans

la brise – deux cœurs battent

la même chamade

 

 

 

 

 

Letitzia Lucia IUBU (Roumanie)

 

 

L’abricotier fleuri

bourdonnement d’abeilles -

au loin les vêpres

 

 

Les pruniers fleuris

et le trille d’allouette-

le verger de grand-mère

 

 

 

 

 

Rachel VINCENT

 

 

Ondée

Terre abreuvée

Bourgeons ébouriffés

 

 

Le rose du ciel

Café-crème

Matin doré

 

 

Assise

Un instant

Au bord du matin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NOTE: Un Errata

 

Dans mon dernier ploc!/10, il y avait une erreur d’impression du haïku de Grazielle DUPUY -

 

apparu comme

 

plic ploc plic ploc plic

une petite cantate

plic ploc plic ploc plic ploc ploc

 

Cela a dû être -

 

plic ploc plic ploc plic

une petite cantate

plic ploc plic ploc ploc

 

Avec toutes mes excuses ....

 

 

§§§

 

 

 

 

HAÏBUNS

 

Coup de Cœur sur un Fonnkèr ....

 

En composant ce ploc!, j’ai relu un haïbun d’Olivier Walter apparu dans le ploc! précédent et qui m’a touché comme un véritable fonnkèr !

 

(Des passages du haïbun apparaissent en italique.)

 

Olivier avait écrit sur un voyage à Rhodes, Grèce. Il commence par le passage en mer -

 

Aiguilles de feu

en surabondance d’elles-mêmes,

les vagues les vagues

 

Quand la lumière et la mer se confondent au point de n’être plus qu’une unité d’espace vibratoire ....

 

Puis accoste l’Île -

 

Dans la brume de chaleur, notre embarcation vue de terre arbore sûrement pavillon de corsaire ....

 

Pour ensuite évoquer en quelques vers puissants, les images du lieu -

 

Dans l’air pur

soleil et insectes travaillent

sans relâche

 

Pour moi un véritable régal de par sa sensibilité et sa profondeur.

 

__________

 

 

HAIBUN

 

Le cornet de marrons

 

Dans sa main serrée, les « six sous » de son Grand-père. Depuis deux mois déjà, le même mot résonnait dans tous les coins de la ville ; la foire de la Sainte-Catherine  allait, une fois de plus, battre son Sainte-Catherine

la même bougie brûle à l’unisson

 

Dans leurs godasses éculées, Éva et ses deux jeunes frères fauchait la neige épaisse et collante.  Si cette neige symbolisait la venue des réjouissances populaires, elle était aussi un cruel souvenir pour la fillette de onze ans. Deux ans déjà…

 

hiver 1917

trois jours durant

… sa mère dans le trou de terre

 

Des pommes de terre, il ne restait rien. Le jardin SNCF, réquisitionné par les occupants, appâtait la famille maintenant au seuil de la famine. Oser, il fallait oser y  aller…

 

braver les interdits

au risque

d’y perdre la vie

 

Sa mère avait pris la décision d’affronter le pire. Le tout petit frère n’avait que trois mois ;

Son lait maternel tari. Ses pommes de terre rassemblées, la mère entendit la semonce tomber,

 

« trois jours debout

  dans le cachot de terre

  suintant de neige »

 

la toux, la fièvre, les cheveux épars sur l’oreiller. Puis, le drap jusqu’au bois du lit.

 

Six sous pour s’amuser à la fête. Et, le cœur si gros… si lourd d’un chagrin qu’Éva seule, semblait ressentir. Les six pièces tintaient dans sa main, six sous et leur pesant d’or, la gaîté qu’elle et sa mère avait toujours partagée. Une même gourmandise, aussi…

 

les dimanches d’hiver

le gâteau de pommes de terre

et de marrons…

 

un rêve soudain, retrouver l’ambiance des jours de fête. Cette année-là, elle décida qu’un seul

tour de manège suffirait à ses frères.

 

un sou de manège

pour trois sous de miettes

… et deux sous de marrons

 

après le tour de chevaux de bois, elle entraîna ses frères vers la baraque à miettes. Les petits bouts de craquelin engloutis, les visages encore roses d’envie suppliaient leur sœur aînée. Deux sous, encore deux sous, s’écria-t-elle, réjouie.

 

et là, dans la douce fumée des braises écarlates, les marrons chauds s’engouffrèrent jusque dans le fond du cornet,

 

béats d’émotion

le bonheur à vif

d’une chaleur retrouvée

 

sa main autour du cornet brûlait. Quand elle toucha le dernier marron au fond du cylindre de papier, tout s’embrasa autour d’elle. Le regard fixe, elle crut percevoir un cœur, ce même cœur qu’elle avait cru froid à jamais.

 

- Claire GARDIEN

_______

 

 

HAIBUN

 

 

Dìu vi salvi Regina

 

Lente traversée...

me ramène où je suis né.

- La nuit sur le pont.

 

Le ferry accoste très tôt. Le ciel est déjà bleu, comme ses yeux refermés.

 

Quelques fleurs des champs

qu’elle n’a pas pu cueillir

entre ses doigts raides.

 

C’est la première fois que mes enfants voient « un mort en vrai ».

 

L’air de la chapelle

lourd du parfum des couronnes.

- Dernier baiser.

 

Dans les voitures… pas un mot.

 

Mais dans le sillage

du cortège funéraire,

un matin léger.

 

Voici l’église où j’étais enfant de chœur. Rien n’a changé.

 

« Livre des Prophètes » :

la lecture des petits

fait pleurer les vieux.

 

Sur le parvis, tous les gens du village : « C’est bien triste de se revoir dans ces circonstances... mais ça fait plaisir, tout de même ! » « Aiò ! Comme les enfants ont grandi…Dieu bénisse ! »

 

 

De condoléances…

en accolades joyeuses,

au soleil de mars.

 

 

Ah le cimetière ! Si près de la mer qu’il semble y plonger.

 

Caveaux de familles

pour hirondelles de mer.

- Une place encore ?

 

« Au moins, elle aura cette vue… » plaisante un cousin.

 

Les croix se balancent

au rythme du bruit des vagues

et des mimosas.

 

 

- Simon MARTIN

Miomo (Cap Corse) le 2 mars 2010

 

_________

 

 

 

HAIBUN

 

De Florii

(Traditions de Pâques)

 

En Ardeal, la tradition veut que l'on aille au cimetière à chaque fête. Un dimanche avant Pâques (s’appelle dimanche de Florii - de Fleurs), nous portons des cierges et des petites branches de saule.

 

Quand nous arrivons à Dancu Mic, le village de nos grands-parents, le cimetière est vide.

 

Après le service divin –

deux poussins picorent

des miettes

 

À Moia, chante le coucou. Dans un arbre près de nous, une branche cassée vibre.

 

Au point du jour –

le docteur des arbres

est en mission

 

Nous allons vers les tombes des grands-parents. Dans l’herbe, des primevères et des violettes.

 

Moment de mystère –

à travers des croix délabrées

de nombreuses violettes

 

Nous allumons les cierges, nous mettons les rameaux de saule sur les tombes et nous partons contents.

 

Maria TIRENESCU

(Roumanie)

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haïkus et proses

 

 

Peut-on appeler ce qui suit des haïbuns ? Je ne crois pas. C'est plutôt une sorte de mariage (morganatique ?) entre haïkus et proses qui se veulent poétiques sans être sûres de l'être. En tout cas, un mariage auquel j'attache de l'importance, avec un doute quant à leur harmonie.

- Marc BONETTO.

 

Note: "Jean-Christophe François" est un hommage à l'un de mes amis.

 

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  J’ai vu, comme je te vois, les montagnes s’ébrouer sous le ciel éventré. Elles allaient main dans la main. Les montagnes n’ont pas de mains ! Peut-être, mais elles dansèrent une farandole du tonnerre de Dieu et, malgré leur foi, refusèrent de se jeter à l’eau. Pas si folles ! Heureuses de leur corps souple et léger, elles en jouirent jusqu’à l’aube avant de regagner sagement leur place.

 

Montagnes à perte de vue

Et le ciel

Le grand ciel bleu

 

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Au détour du sentier

Un ravin s’impose

Éboulis et chardons bleus

 

   Les chemins de confiance se perdent dans la nature. L’herbe, les bois, les ravins pierreux leur restituent une raison d’être, ouverts, fidèles aux pas qui les oublient.

 

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Albatros dans la tempête

À chaque vague

L’océan décoche ton cri

 

   La seule pensée qui peut survivre dans un monde où la folie gouverne en maîtresse absolue est la pensée du solitaire aux aguets.

 

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L’alouette

Elle ne fait que passer

Elle est passée

 

   L’autre nom de l’oiseau, c’est le vol, le vol galbé d’indépendance et d’une liberté toujours nouvelle.

 

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Vague après vague

L’usure s’installe

Dans les replis du temps

 

   Je ne m’appartiens plus, j’appartiens aux vagues innommées, au vent qui s’attarde entre deux orages, aux ventres porteurs de souffles en suspens. Corps zénithal, je suis ailleurs, toujours ailleurs, y compris en moi-même.

 

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Luciole

Souvenir solaire

Qui palpite dans l’ombre

 

   Dans de notre solitude, un noyau de rencontre palpite : Le cœur de cette flamme le prouve à chaque instant. Mais pourquoi rester aveugles à l’évidence et fuir cette lueur qui blesse le regard de la nuit fraternelle

 

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Hautes branches du peuplier

Le chant d’un bouvreuil

Égrène le temps

 

   Devenir feu dans les feuilles, feuilles dans le vent, vent sur les steppes incendiées et chavirer dans le silence qui me dévore la bouche et puis le ventre.

 

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  D’abord, un battement de paupières sur le gris ciel de ses yeux. Le vent tisonnait ses désirs de fuites. Elle ouvrit les bras, écarta les jambes comme pour l’amour ou l’enfantement et prit son envol. Elle partit vers l’Ouest, hésita dans le crépuscule et plongea derrière l’horizon.

   Hier, le chant d’un loriot me rappela ses escales à mes côtés. Étrangère à nos égarements et grosse de ma future liberté, elle suivait déjà ces routes invisibles à nos divagations stériles.

 

Se découvrir

Passion qui tourbillonne

Affranchie de son axe

 

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Nuage

Qui étire le ciel

Et se perd dans la nuit

 

   Déchet bourbeux, j’appartiens à la valse cosmique. Les pas d’une flûte, éparpillés sur des chemins de montagne, éclairent la marche des vagabonds stellaires.

 

 

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Tes mains

Pétrissent le silence

La nuit accouche ses étoiles

 

   La page s’éclaire dans le silence, contemplation, saut dans le vide, sérénité, marche sur une route blanche de vent, limpide comme l’appel du large.

 

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Deux voix amies

Murmure

Dans la brume

 

   Ce que nous étions l’un pour l’autre ? De vagues confidences chuchotées à la lumière du soir.

 

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  Éden planta des rosiers toute sa vie, sans se poser de questions, sans respirer le parfum des fleurs. Jurant parfois contre les pucerons ou le gel, il n’en continuait pas moins de planter.

 

Un oiseau chante

Le monde sans espoir

Mais il chante

 

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  Parfois, les morts nous effleurent d’un souffle. Ils veillent, ils soulagent notre future dépouille. Et si nous les oublions, ils s’éclipsent poliment et nous n’expliquons pas cette tristesse qui nous empoigne en nous laissant comme orphelins.

 

Jean-Christophe François

 

Je pense à toi

Dont chaque mot

Écrasait le souffle

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Hommage à Masaoka Shiki

 

 

 

Je ne déteste pas le monde

Et j’aime

Les chardons bleus

 

 

   Note : voici le poème original de Shiki :

 

Qui déteste ce monde

se doit d’aimer

les fleurs de chardon

 

   (Traduction de Corinne Atlan et Zéno Bianu, in Haiku – Anthologie du poème court japonais, NRF, Poésie/Gallimard.)

 

 

§§§

 

 

 

 

 

 

 

 

haïkus & senryus II

 

 

 

 

Roland HALBERT

 

 

Tortillant ses tresses,

                               la vigne s’enroule autour

                                                                de la soif des hommes.

 

 

 

 

Je jette à la jaille

les mots trop grands, mais je garde

kokoro « le cœur »

 

 

 

 

Martine HAUTOT

 

 

Dans le matin clair

les fleurs rouges du camélia

et mon coeur qui bat

 

 

Grosse averse

les petites en joie

sous leur parapluie neuf

 

 

chemin des tramways

des vélos et des ballons

l'aveugle et son chien

 

 

Nicole GREMION

 

 

Un parfum de lune

    cette nuit – l'amandier seul

          habillé de neige.

 

 

      Grince le vieil orme.

 Ses feuilles plus haut que lui

     s’exaltent de vent.

 

 

 

 

 

Marie NEPOTE

 

 

Les anges de pierre

ne chantent que pour les hommes

tombés à genoux.

 

 

 

 

 

Hélène DUC

 

 

l’enfant se meurt

-le bruit du train du soir

ruisselle sur le mur

(à ma soeur)

 

 

 

 

 

 

 

Pierre SAUSSUS

 

cette année encor

en douceur   du blanc au vert

changement d’habit

 

 

au petit matin

l’éclatement des bourgeons

blancs m’a réveillé

 

 

cerisier en fleurs

quand tombent ses pétales

silence tout blanc

 

 

 

 

 

 

 

Annie ALBESPY

 

 

J'ai  regardé le soleil

et lui ne m'a pas vu.

Temps nuageux.

 

 

On a partagé:

Pour les oiseaux , les cerises

et moi, les noyaux.

 

 

 

 

 

JF MOREL

 

 

Soleil d'automne

Une gorgée de ta bière

Instant sucré volé

 

 

 

 

Ani BOQUILLON  (Sagiterra)

 

 

Odeur d'humus frais

la Terre se réveille enfin

je me sens chat...

 

 

Etre une femme ~

délit de complicité

avec mère Nature

 

 

Un petit nuage

dans le carré de ciel bleu

vu de ma fenêtre

 

 

 

(tanka)

 

Fenêtre ouverte

deux univers côte à côte

dedans, dehors ~

le chat dans les hautes herbes

surveille un papillon bleu

 

 

Maria TIRENESCU

 

 

Photo de ma mère –

le cerisier  près de porte

tout aussi blanc

 

 

Le crocus fleuri –

la mère regarde avec tendresse

le visage d’enfant

 

 

 

 

Maryse CHADAY

 

 

parfois dans la rue

je le vois,

une ombre sur d'autres visages

 

 

 ...rassurant

de sentir au bout de ses doigts

les pulsions d'un coeur

 

 

 

§§§§

 

 

 

 


Sur le thème du jardin Zen tu Temple Ryoan à Kyoto (extraits):

 

Alexis MARINCIC

 

 

Se perdre en soi même,

Sans fin ni commencement,

Suspendre le temps.

 

 

 

Sable et pierres,

L’esprit en fait un dessein,

Pour chacun sa voix.

 

 

 

Vide, monotone,

Etendue sans images,

Tout est possible.

 

 

 

photo de l’auteur

 

§§§

 

 

Un Hommage  à

 

James Kirkup (1918-2009),  Andorrien et Zeitgeist du Monde

 

La première fois que j’ai entendu parler de M. Kirkup, était en effet l’unique fois que je l’avais rencontré en chair et en os. C’était dans la maison (transformée en musée) du poète anglais John Keats à Londres, lors d’une l’assemblée annuelle de la Société Britanique du Haïku (the British Haiku Society). Et sans aucun doute, il m’avait laissé avec une impression forte.

 

Depuis cette rencontre, je l’ai souvent lu avec plaisir, et apprécié sa propre poésie; ses écrits nombreux; ou encore ses étonnantes “ré-compositions” des poèmes, et en particulier l’oeuvre des poètes français tel Paul Verlaine, dans la forme du haïku classique en 5, 7 et 5 vers! Et c’est ici que l’on peut se rendre compte de l’immense sensibilité ainsi qu’une rigueur sans faille de ce poète qui a élu l’Andorre comme son foyer.

....

Je peux facilement imaginer James Kirkup dans ce minuscule pays, dans un sens un pays vraiment haïkuesque, comparé à la Chine par exemple ou même le Japon, en train d’accorder son esprit ainsi que son écriture encore plus finement en trois petites lignes. Et je suis certain que l’on se souviendra de lui pendant longtemps.

Car, comme a dit le romancier Jules Romain, “Quelqu’un ne meurt véritablement, que quand la dernière personne qui l’ait connu, meurt à son tour.” Ainsi, on peut espérer, que M. Kirkup restera solidement ancré dans notre mémoire collective bien des années à venir.

 

Sam Cannarozzi YADA

Parcieux, France

novembre/ 2009

 

(Cet hommage apparaîtra au printemps, dans sa version anglaise, dans la publication japonaise du haïku KO.  M. Kirkup a été, depuis sa conception, un des éditeurs et a souvent contribué haïkus, articles et critiques.)

 

 

 

 

 

Mot de la Fin:

 

 

 

Que dire après tant d’émotion, après tant de plongées au fond du cœur de chacun et chacune, à sonder sa poésie, sa façon d’apercevoir le monde, et sa manière de communiquer ceci aux autres.

 

Alors je laisse maintenant, le temps recouvrir ces fonds et ces cœurs, quitte à dénicher peut-être un autre jour un haïku, un senryu ou un haïbun pour le plaisir de revivre un moment vrai au milieu d’un monde qui semble, parfois, vouloir cacher ou éffacer les choses les plus importantes.

 

§§§§§

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ploc¡ la revue du haïku

Ce numéro a été conçu et réalisé par

SamYada Cannarozzi

 

 

 

 

 

 

 

© 2010, l'Association pour la promotion du haïku & les auteurs

Les auteurs sont seuls responsables de leurs textes.

Photo de couverture © Okea - Fotolia.com

 

 

 

 

 

 

 

 

Diffusion à 1000 exemplaires.

Tirage papier : Conceptlaser à Essey les Nancy ou Thebookedition.com à Lille

 

 

 

 

 

ISSN 2100-1871

Dépôt légal : Mars 2010

 

Prix : 8,00 € pour la version papier

Version web gratuite

 

 Directeur de publication : Dominique Chipot

 

August 31 2010 13:50